J'ai assisté le 31 à l'une des dernières représentations de la nouvelle comédie musicale "un Américain à Paris" au Châtelet. Salle comble; gros succès et standing ovation ce qui n'est pas dans les habitudes françaises.

C'est un évènement car sans doute je ne me trompe pas en disant que pour la première fois en France une comédie musicale destinée à Londres et Broadway est créée à Paris.
La production est de Jean-Luc Choplin, associé aux producteurs Van Kaplan et Stuart Oken de Broadway
Elle associe le Châtelet avec une organisation de Pittsburgh et sera présentée à New York en mars prochain.

La distribution:
Musique et Lyrics : George Gershwin
Musique et Lyrics : Ira Gershwin
Livret : Craig Lucas
Mise en scène et chorégraphie : Christopher Wheeldon
Supervision, adaptation et arrangements musicaux : Rob Fisher
Décors et Costumes : Bob Crowley
Lumières : Natasha Katz
Sound designer : Jon Weston
Animation et projection : 59 Productions
Direction musicale : Brad Haak
Orchestrations : Christopher Austin
Dance arrangements : Sam Davis
Casting : Telsey + Company / Rachel Hoffman C.S.A.

Jerry Mulligan : Robert Fairchild
Lise : Leanne Cope
Madame Baurel : Veanne Cox
Milo Davenport : Jill Paice
Adam Hochberg : Brandon Uranowitz
Henri Baurel : Max von Essen
Orchestre : Ensemble instrumental du Châtelet

Que dire du spectacle.  Tout d'abord, que dieu merci ils n'ont pas adapté le film célébrissime à la scène et ont fait quelque chose de neuf. L'histoire se déroule dans le Paris de la fin de la seconde guerre mondiale juste après la libération en 1945, trois américains démobilisés se rencontrent, un peintre (Jerry), un pianiste et compositeur (Adam), et un fils de bonne famille richissime qui veut devenir un chanteur de music hall ( Henri). Leur amitié nouvelle va se trouver mise à mal par le fait que tous les trois tombent amoureux de la même jeune fille (Lise) danseuse classique en devenir et orpheline recueillie par les parents d'Henri, Le reste de l'action est des plus classique and they lived happy  ever after.!

Fairchild est danseur étoile depuis 5 ans du New York city Ballet. Leanne Cope est elle même membre du Royal Ballet de Covent Garden. Rien à dire là encore de la distribution de qualité et on peut longtemps chercher en France des danseurs capables de jouer la comédie et de chanter sans une fausse note. 

Quid du livret; déséquilibré. Un premier acte qui n'en finit pas bourré de scènes répétitives histoire bien entendu de mettre à profit le plus grand nombre des merveilleux airs du duo Gershwin. Pourquoi nous montrer au début le quasi lynchage d'une collabo? Qu'est ce que cela apporte à l'action? Rien. Ce premier acte manque de dynamique et de punch et c'est dommage car il est entre autre servi par un très ingénieux dispositif de décors en majorité audiovisuels qui fait par moments penser à Dufy  et littéralement dessiné sur les portants mobiles de la scène. C'est très ingénieux et fort réussi. Un sans faute ce qui est à souligner car ce n'est pas aisé à faire et en plus cela montre que le spectacle a été répété avec le plus grand soin. On est très loin des bâclages des productions  de ce style que des nullités prétendent monter dans notre pays avec des acteurs chanteurs sans talent et des moyens dignes du système D. Ajoutons que les micros sont quasi invisibles et qu'on n'a pas droit là aussi aux horreurs qui arrivent jusqu'à la bouche de l'interprète comme on l'observe toujours en France! Ce premier acte est bavard et traine alors qu'on a compris depuis la première scène le dilemme qui va se produire. On est quand même pas complètement bouché!

Le deuxième acte lui par contre qui dure une heure contre 1h30 pour le premier, est enlevé avec brio et culmine avec deux show stopper celui de la revue style Folies bergères ou Lido qui rappelle un peu le ballet en noir et blanc avec Fred Astaire dans Silk Stockings , et le final sur la célèbre partition dans des costumes et décors faisant penser au peintre Miro. Et là la pire des fausses notes pour quelqu'un assis comme moi au 1er rang d'orchestre:

Les danseurs masculins sans aucune exception n'ont pensé que lorsqu'on danse en débardeur on DOIT se raser sous les aisselles! Merci pour la douche de sueur dans les pirouettes partner! On me dira que dès le 15e rang on ne voit rien, désolé mais c'est non seulement une mesure d'hygiène mais encore esthétique. C'est le B-A-BA de tout danseur classique or tout le corps de ballet est issu de troupes anglo américaines de cette profession. Comment Wheeldon, chorégraphe et danseur du NYCB n'a pas rappelé à l'ordre ses garçons? Cela laisse pantois. A l'opéra si un quelconque danseur s'était permis d'arriver ainsi en coulisse il aurait été immédiatement sanctionné et renvoyé se rhabiller. 

Autre point que bien entendu peu de spectateurs ne voit car il faut avoir fait de la danse classique, monsieur Fairchild devrait apprendre à faire ses jetés pointes archi tendues, s'il prétend à son titre d'étoile. Là encore j'imagine la réaction des chorégraphes maison de l'opéra de Paris et les remarques acides du style "Robert recommence, t'as les pieds en porte manteau" , ajoutant la menace à la parole avec sa canne, comme nous le disait sans ménagement mon prof ancien premier danseur de l'opéra, Daniel Frank qui créa dans les années 60 avec Bessy et Gene Kelly à l'Opéra, "Pas de dieux" sur le concerto en fa si ma mémoire est bonne, du même Gershwin. Ce sont des détails dira-t-on,  pas tant que cela. Les pointes tendues, c'est le déroulé sans faute d'un trait glissando sur un clavier d'un pianiste, on ne s'arrête pas au milieu pour reprendre son souffle!

Quel sera l’accueil Londonien et Américain? Déjà sceptique sur nos capacités dans un genre dans lequel ces deux pays sont passés maitres absolus, je crains que le succès soit moyen. On est très loin des merveilles de Fosse er Champion tels que Chicago ou 42d Street ou encore de Cats ou Chorus Line un des plus grands chefs d’œuvres de Broadway des années 80.

On passe une bonne soirée sans plus et la standing ovation était loin d'être méritée. A voir néanmoins s'il reste encore des places de dernière minute La musique de Gershwin est tellement géniale!

Mais hélas comme toujours, au royaume des aveugles les borgnes sont rois!