C'était ce soir la soirée d'adieux d'Aurélie Dupont danseuse étoile de l'Opéra de Paris. La représentation était retransmise en direct dans un grand nombre de salles du groupe UGC, dont celle des Champs Elysées au Normandie.  Salle comble comme celle de l'Opéra Garnier..

Que dire de cette soirée où je revoyais pour la seconde fois en quinze jours L'histoire de Manon de Kenneth McMillan sur des musiques de Massenet sans aucun emprunt à l'opéra du compositeur. La chorégraphie ne fait pas appel à de grands exploits technique et peut donc décevoir certains venus pour voir des trente deux fouettés ou des sauts spectaculaires. McMillan a plutôt construit un drame avec une chorégraphie servant de prétexte, de scène. Son spectacle exige avant tout une parfaite maitrise du théâtre, savoir jouer la comédie et la tragédie tout à la fois.
Là on peut dire que l'on fut aux anges, les deux danseurs qui se détachaient étant Aurélie Dupont et surtout Stéphane Bullion. 

Pour ce qui est de l'œuvre dans son ensemble je l'ai revue avec un immense plaisir découvrant de multiples détails qu'en salle on ne risque pas de voir sauf à avoir un fauteuil de premier rang d'orchestre.

Les interprètes:

Aurélie Dupont était une Manon parfaite tant du point de vue technique, on n'est pas nommée étoile pour rien, que du point de vue dramatique; aux entractes elle donna sa conception du rôle. Je ne suis pas tout à fait d'accord quand elle dit que l'héroïne n'est pas vénale. Si l'on aime vraiment on n'accepte pas de jouer au ménage à trois histoire d'avoir du fric et de mener la grande vie en se mettant entre les mains d'un homme ayant le double de votre âge et se rendant complice de vols et d'escroquerie avec son frère. Dans le fond il y a quelque chose de trouble dans ce personnage, voire d'ambigüe presqu'incestueux. Quant au frère, Lescaut, c'est vraiment le type même du souteneur n'en déplaise à Mlle Dupont pour utiliser la civilité consacrée dans le milieu du ballet même si on est madame avec des enfants! Elle est apparu deux fois aux entractes interviewée quelques jours avant la représentation. Elle contraste avec l'impression de froideur et de superbe que j'ai pu ressentir lors du dernier défilé du corps de ballet, peut-être était-ce alors l'émotion de savoir que c'était la dernière fois qu'on y apparaissait. Ici très simple et souvent émouvante. Ce doit être un sacré choc émotionnel de se savoir partir après tant d'années. Curieusement elle a peu parlé de son partenaire Roberto Bolle et beaucoup plus de Stéphane Bullion donnant des informations très intéressantes sur la façon dont ils ont tous les deux abordé la chorégraphie et leurs personnages.

Roberto Bolle premier danseur de la Scala de Milan tenait le rôle de Des Grieux. C'est sans doute un grand danseur mais hélas pour lui il ne fait pas le poids à coté des autres étoiles de l'opéra présentes dans la distribution. L'école de danse de l'Opéra et sa discipline font des danseurs de la compagnie des individus ayant non seulement une technique irréprochable mais aussi à qui on apprend à jouer aussi bien la comédie que la tragédie. Mis à part au premier tableau du second acte Monsieur Bolle à l'air complètement en dehors du coup; Son sourire est figé et ne respire pas la tendresse envers sa bien aimée, en plus il devrait aller voir un dentiste et se refaire faire une couronne sur une prémolaire dans un matériaux qui ne brille pas comme un diamant sous les projecteurs de la scène. La caméra ne le rate pas et cela fait désordre. Autant Florian Magnenet pourtant simple premier danseur de l'Opéra m'avait bouleversé lors de la scène finale autant là je n'y croyais absolument pas.

La maitresse de Lescaut était tenue par la délicieuse Alice Renavant agée de 25 ans et qui fut nommée étoile il y a un an et demi. Quelle maitrise, quelle technique, quelle comédienne, il y a de la graine de Letestu chez elle, je ne serai plus de ce monde quand elle fera ses adieux arrivée certainement aux plus haut sommet de son art.

Lescaut était campé magistralement par Stéphane Bullion. Un vrai feu d'artifice de technique et de comédie. Vicieux et cynique à souhait, génial de drôlerie dans sa grande scène au deuxième acte où il est saoul comme une barrique et danse avec sa maitresse. Un vrai tour de force chorégraphique car rien n'est plus difficile que de donner l'impression qu'on danse mal quand on est un technicien de cette envergure!

Monsieur de G.M c'était l'excellent Benjamin Pech, parfait lui aussi dans un rôle de composition du quinquagénaire richissime qui croit que tout s'achète.

Karl Paquette enfin tenait le rôle du geolier au dernier acte, parfaitement immonde avec son visage fermé sentant le vice à plein nez.

Quant au corps de ballet toujours parfait, la meilleure compagnie du monde.

Reste à parler de la captation confiée à Cedric Klapish. Monsieur Klapish est sans contexte un grand réalisateur de fiction. Mais cela ne suffit pas quand on doit faire une retransmission en direct d'un ouvrage lyrique, d'un concert ou d'un ballet. il a certainement étudié le spectacle avant de mettre en place ses caméras et faire le planning de ses plans, mais cela ne suffit pas. Il faut connaitre la danse à fond et je ne crois pas que ce soit le cas pour lui. Il a péché par excès de gros plans, loupant complètement les ensembles pris de trop près alors qu'il aurait fallu restreindre le champ au cadre de scène pour magnifier certains passages en particulier la scène des mauvais garçons dévalisant les passagers dans l'auberge. Ses choix faisaient désordre; tout le monde n'a pas le talent d'un François Roussillon et de son équipe rompu à ce genre d'exercice depuis des années qu'ils captent les spectacles de l'Opéra de Paris.

A qui la faute? A Lissner et Millepied tous les deux dignes représentants de ce snobisme jetset hollywoodien qui n'a pas sa place sur la scène de l'Opéra.

La soirée se termina sous les ovations du public debout à Garnier et des applaudissements nourris au Normandie. Aurélie Dupont alternant larmes et rires nerveux entourée de la troupe et de ces deux fils mignons à croquer, le cadet tout heureux de pouvoir jouer avec les confettis tombant des cintres.

Une belle soirée à voir sur France 3 le 30 Mai à une heure de grande écoute: 23h55!!!!!.