IMG_0794

Je pourrai sous-titrer " ou les ennuis et la pagaille commença!"

Parti plus tôt que nécessaire nous nous rendons à l'aéroport pour prendre notre voiture chez le loueur Locauto fourni par la société britannique Rentalcars sur internet. Prix prévu environ 370 euros pour une voiture classe F automatique. Vue la fatigue de la conduite en Italie et aussi l'habitude acquise aux USA de longue date, je préfère ce type de véhicule.

Au comptoir je tombe des nues quand on me dit que pour être assuré pleinement bris de glaces, pneus et tutti altri rayures, je dois débourser en plus 327 euros! Sans parler d'une caution de près 2000 euros ! Conscient de la folie de la conduite en Italie et de la malhonnêteté chronique italienne, je décide toutefois de prendre la dite surprime!

En route pour Herculanum où nous avons retenu dans un bed and breakfast dénommé à tort hôtel par Booking.com si mes souvenirs ne me trompent pas. La villa dei Papiri fait référence à celle du site qui inspira le Musée Paul Getty de Los Angeles. C'est là que furent découverts au XVIIIe siècle plus de 1500 rouleaux de papyrus disséminés sur l'étage supérieur de la villa et que l'on peut enfin aujourd'hui lire sans même avoir besoin de les dérouler grâce à la technologie moderne. Il y a sans doute encore des centaines d'entre eux cachant des textes que l'on croyait à jamais perdus des plus grands auteurs grecs et romains dans les étages inférieurs dont les fouilles ont été arrêtées par précaution en attendant de consolider les fouilles existantes.

La ville moderne construite sur l'ancienne ville se présente sous forme de ville rue; rue étroite aux trottoirs quasi inexistant encombrés d'ordures ménagères à bien des heures de la journée! Je manque l'entrée de la villa qui se confond avec celle d'un bar voisin des plus louches! Sonnant au portail vert, celui ci s'ouvre et laisse entrevoir une cour intérieure  jouant le rôle de parking. Avec précaution guidé comme un 747 voulant pénétrer sous l'arc de triomphe, me mettant perpendiculaire au trafic qui bien entendu klaxonne et m'invective de tous les noms d'oiseaux possibles, je finis par pénétrer dans le sanctuaire.

Entrée du B&B

Hebergeur d'image

Accueil chaleureux, on monte nos bagages dont mes 6kgs de matériel photo, le proprio me dit qu'il va garer la voiture et moi idiot j'accepte. Il est vrai que je transpire à grosses gouttes par cette chaleur matinale et les efforts faits pour arriver jusqu'ici sans heurter les murs distants d'à peine 5 cm de la voiture!

Parking

Hebergeur d'image

Au premier avec ascenseur dont le bouton d'appel n'accepte pas une pression prolongée et dans ce cas refuse de marcher, nous sommes conduits sur une terrasse et là coup de foudre. Des rafraichissements nous attendent avec petits gâteaux, et une vue superbe sur la mer au loin et des fleurs de tous cotés.

Vue sur mer

Hebergeur d'image

Prise de possession de notre chambre spacieuse, vue sur la terrasse et la mer; accès wifi que mon ordinateur refuse sans compromis ayant décidé lui aussi de prendre des vacances! Après s'être installé, déjeuné dans une pizza pas géniale et fait un petit somme réparateur des hurlements de fêtards de la nuit dernière à Naples, nous faisons à pied les 100 mètres conduisant au site de la ville engloutie il y a 2000 ans par 6 coulées pyroclastiques successives et qui fait toute l'originalité du site et un intérêt bien supérieur à celui de Pompéi.

Ici on va voir les maisons dégagées dans toute leur hauteur..Le sol des rues se trouve quelques 20 mètres voire plus en dessous du niveau de la ville moderne. Seul un quart de cette ville de près de 5000 habitants a pu être dégagé. Seuls les archéologues ont le droit de visiter les lieux accessibles par des souterrains initialement percés par les voleurs du Roi de Naples qui s'est constitué une collection d'objets précieux sans même penser à en faire noter la position et le lieu avant de les prendre. Ils sont tombés ainsi sur le théâtre en marbre intact.

Nous sommes ici dans une ville de villégiature au bord de la mer où de riches patriciens passent leurs vacances loin des chaleurs romaines.

A la caisse j'achète deux pass qui donneront accès aux 5 sites d'Herculanum, Pompéi, Oplonti, Stabia et Boscoreale. Il est valable trois jours. Cout 22 euros par personne.

Panorama sur la ville

Hebergeur d'image

La longue rampe d'accès nous fait descendre au niveau des toits de la ville; Peu de visiteurs ici non seulement parce qu'il est déjà tard dans l'après midi, mais parce que les touristes ne peuvent se repaitre de la vue des victimes. On a cru au départ que la quasi totalité des habitants avaient pu fuir à temps, n'ayant retrouvé qu'une trentaine de corps dans les fouilles. En 1980-1985 dégageant le port, la mer s'est retirée de plus de 500 mètres à la suite de l'éruption du fait des amoncellements successifs de laves, dans ce qui devaient être des entrepôts ou des hangars à bateaux, on découvrit les squelettes de plus de 300 personnes ayant cru y trouver un abri ou peut-être attendant des navires pour les évacuer. Hélas pour eux cet abri était illusoire. En pleine nuit la première coulée pyroclastique déferla sur la ville à plus de deux fois la vitesse du son et à une température de plus de 700°C. Tout objet entrant en contact ou proche de quelques mètres fut instantanément déshydraté, les cerveaux se mirent à bouillir et exploser, les chairs disparurent laissant les restes quasi intactes des squelettes de ces malheureux qui dieu merci n'ont même pas eu le temps de comprendre ni de souffrir. Ils sont là dans leur ultimes positions, enfants serrés contre leur mère, cette femme enceinte à deux mois d'accoucher dont on a pu retrouver le fœtus, cette autre gisant à coté de ses bijoux et pièces d'or tandis que plus loin les moins riches se reposaient contre les murs.

Vous ne pouvez les voir que de la rampe d'accès supérieure car de la passerelle perpendiculaire les portes de chacun des hangars font écran et dans le fond cela vaut mieux de laisser en paix ces malheureux sans en plus jeter sur eux un regard morbide. 

Les victimes retrouvées

Hebergeur d'image

Ces caveaux sont situés près de deux étages en dessous d'une place où se trouve une superbe statue de celui qui fit beaucoup pour la ville qui lui érigea un monument de marbre. Marcus Nonius Balbus fut un supporter d'Octave et proconsul. Il est né à Nocera et fut un des grands mécènes de la ville qui érigea en son honneur cette statue sur la terrasse près des thermes suburbains. La statue a été reconstituée progressivement et n'est pas complète à ce jour. Une inscription gravée sur un socle en marbre devant la statue rappelle sa générosité et la gratitude des habitants de la ville envers son bienfaiteur.

Marcus Nonius Balbus

Hebergeur d'image

Stele

Hebergeur d'image

Détail

Hebergeur d'image

Il existe une documentation fort riche sur la ville tant sur internet que dans divers ouvrages souvent en langue anglaise. Le professeur de Cambridge Andrew Wallace-Hadrill est le directeur des fouilles qu'il entend mener avec un maximum de précautions mettant pour le moment l'accent sur l'impérieuse nécessité de protéger les fouilles des intempéries. Les fouilles ont été interrompues jusqu'à nouvel ordre tant que la sécurité et la mise à l'abri de l'existant ne sera pas achevé. Cela déchaine bien entendu des controverses avec d'autres archéologues qui voudraient fouiller davantage devant le risque croissant d'une nouvelle éruption dévastatrice. Le volcan semble en effet se réveiller de façon cataclysmique tous les quelques 2000 ans au vue des analyses faites et des mesures de la chambre magmatique qui s'étend jusque sous Naples même.

Ce qui est saisissant à Herculanum c'est l'état de conservation des objets dont certains ont été déplacés depuis ma visite de 2009. Un lit dont on pouvait voir toute les décorations par exemple; Dans une des maisons on voit une séparation à glissière que l'on a enchâssé dans un coffrage en verre et là encore se voient intactes les motifs décoratifs dans le bois carbonisé. Les fresques semblent avoir été peintes la veille. Avec un peu d'imagination d'une terrasse on contemple la mer au pied de la ville comme le faisaient les habitants. Chez un marchand de vin, les casiers sont là intacts avec leurs amphores dont certaines contenaient encore des restes de vins. Nombre d'objets sont visible au Musée de Naples. Dans une autre maison c'est un pressoir intact. Les mosaïques du sol d'une extraordinaire beauté sont à profusion. 

Tout cela donne l'impression d'un arrêt sur image et se dégage une émotion profonde devant ce décor unique détruit en quelques minutes. Mieux que Pompéi, Herculanum vous replonge dès votre arrivée dans la Rome antique, vivante, colorée qui ne saurait laisser insensible le visiteur surtout en cette fin d'après midi où les groupes de touristes sont rares.

Le lendemain matin nous revînmes et découvrirent que notre pass ne nous donnait accès qu'une seule fois au site. Il fallu racheter un billet. Comme toujours la précision était en tout petit caractères sur le billet. Le site était envahi par des groupes scolaires. Certains des professeurs faisaient leur cours en toge! Quel superbe leçon d'histoire dans ce site extraordinaire. Des professeurs déborfant d'enthousiasme et des gamins écoutant et participant.

J'ai pris 217 clichés dont certains en plusieurs expositions dont voici quelques uns; je n'ai pas noté leur emplacement, mais qu'importe, ils sont le témoignage de l'émotion intense que ce site me procure.

Etablissement Nicolas sur Herculanum 

Hebergeur d'image

Fresque; remarquez le feuillage qui a poussé signe de présence d'humidité qui sans précaution aura raison de la fresque rapidement...

 

Hebergeur d'image

Illustration du mythe de Télefe dans la maison au colonnes rouges.

Hebergeur d'image

Porte à glissière avec son décor visible carbonisé

 

Hebergeur d'image

Détail de la porte

Hebergeur d'image

Escalier et plancher en partie intacts

Hebergeur d'image

Décoration d'un pérystile

Hebergeur d'image

Masques

Hebergeur d'image Hebergeur d'image

Hebergeur d'image