Cet article reprend la réponse donnée en privé à un commentaire de l'un de mes lecteurs, peut-être en interessera-t-il d'autres.

Oui dans le désert il suffit de mettre de l'eau et tout pousse comme du chiendent. 
La clôture fut construite je crois en 1943 et le jardin comportait une pelouse centrale entourée de casuarinas. Je me souviens d'une prise d'eau au bout de la pelouse pour
arroser celle-ci. On a eu un canard, Donald qui se baignait dedans! On pouvait accéder au toit en forme de terrasse, et j'ai souvenir que ma chambre se trouvait au premier on y
accédait par une mezzanine . Nous étions les seuls occupants dans le coin à l'époque avec une amie de mes parents Mlle Chabert.
Ma mère était une excellente nageuse et là encore je me souviens très bien qu'elle m'emmenait sur ses épaules dans les vagues de la plage de Sidi Bischr N°3. Elle avait fait
avant de se marier le pari avec des amis de traverser le canal de Suez à la nage dans la partie étroite du canal entre Port Said et Suez.

Hebergeur d'image

Elle campait avec des amis dont un Allemand; des requins remontent parait-il dans le canal et ce salopard alors qu'elle était en plein milieu lui cria qu'il y en avait un derrière elle.
Revenue sur la berge elle découvrit que c'était une plaisanterie de mauvais gout. Avec ses amis à l'insu du mec, ils mirent dans son sac de couchage des chenilles qu'on trouve dans le désert. Furieux le type partit le lendemain sans demander son reste.

Quand mes parents quittèrent l'Egypte en Juillet 1952 la villa fut vendue. Aujourd'hui ce quartier est occupé par des immeubles résidentiels, j'ai vu des photos sur Google, c'est affreux.
J'avais envie de revoir Alexandrie mais je ne le ferai pas cela me ferait trop mal. En 1995 lors de notre second voyage avec mon fils, je les emmenais voir notre immeuble au Caire.
Ce fut un choc, fils électriques sortant des fenêtres, façades de marbre devenue noires de poussière et de pollution de la ville, on se croirait dans l'un des quartiers les plus
mal famés de Harlem. Ci dessous l'immeuble de mon temps. Notre appartement était au 12e dans la courbe. En bas l'avenue Kars El Nil et perpendiculaire la rue Cheriff Pacha

Hebergeur d'image 
Encadré en bleu notre appartement: de gauche à droite, le salon, les deux pièces du cabinet de consultation de mon père, ma chambre, la salle à manger, je ne me souviens plus à quoi correspondait la dernière fenêtre.
L'immeuble appartenait je crois à la Banque centrale Egyptienne.
La trilogie de Naguib Mafouz, "La trilogie du Caire" s’achève devant l'immeuble en 1956 si ma mémoire est bonne. En lisant cette dernière scène ce fut une émotion incroyable. J'y étais... Ces trois bouquins reçurent le prix Nobel de
littérature. Qui veut comprendre ce qui se passe aujourd'hui doit lire cet ouvragecsuperbe ainsi que les bouquins de Robert Solé ancien rédacteur en chef du Monde. En
particulier son livre " Le tarbouche".
Il y a un film magnifique à voir aussi , "Immeuble Yacoubian" de Marwan Hamed d'après le roman du même nom de Alaa al-Aswany. A voir impérativement en VO sous-titrée pour vraiment capter toute l'atmosphère du film magnifiquement joué. Le roman situe l'action dans un immeuble du Caire et tout fait penser à Immobilia. Au début du film il y a des bandes d'actualités et on voit le Cinéma "le Rivoli" qui était là où le dimanche matin il y avait une séance pour les enfants où ma mère m'emmenait voir les derniers Disney et les Laurel et Hardy en VO. Je crois que le cinéma pouvait recevoir 5000 spectateurs.
Tous les cinémas du Caire comme à Alexandrie étaient gigantesques.
Hebergeur d'image 
J'ai quitté l'Egypte un an avant mes parents. Je me souviens de ce dernier matin, sur le balcon alors que le soleil se levait et qu'on entrevoyait au loin les pyramides de Gizeh et de Sakkara, l'épouvantable tristesse, cette impression qu'on allait m'abandonner à des étrangers à Grenoble, dans un pays que je ne connaissais que pour y avoir passé des vacances sans plus. Je me vois le soir sur le pont des premières du paquebot Providence, voyant s'éloigner les côtes d'Alexandrie.
Encore aujourd'hui ce souvenir provoque une émotion profonde. Le séjour à Grenoble fut infect.
Des hôtes qui avaient tout de collabos, xénophobes, se moquant parce que je m'extasiais devant le neige que je voyais tomber pour la première fois. De véritables sauvages aigris et dont le seul but était de se faire du fric.
Le 26 janvier 1952 les émeutes du Caire décidèrent mes parents à quitter définitivement le pays. Ils avaient failli brûler dans l'immeuble assailli par la horde de manifestants. Ils n'eurent la vie sauve que grâce au gardien de l'immeuble qui harangua les manifestants en disant qu'un groupe de religieux musulmans priait au premier étage. Les manifestants éteignirent alors le début d'incendie dans les magasins du rez de chaussée et partirent détruire ailleurs. L'un des membres du gouvernement envoya la police pour mettre mes parents à l'abri. Quand mes parents arrivèrent à Marseille, le matin même le roi Farouk était déposé par la ligue des généraux dirigés par Neguib. Il était temps!
Contrairement à ce que dit l'article, ce sont bien les Frères musulmans qui étaient les fauteurs des troubles en sous-main. Non seulement les Britanniques furent les victimes des émeutiers mais aussi tout ce qui avait un rapport avec les Juifs. Les Européens ne veulent toujours pas comprendre que cette organisation est la commanditaire de tout ce qui se passe aujourd'hui sur le plan idéologique. Un ancien membre des renseignements généraux l'a dit clairement au moment des évènements Lybiens sur France 24. Mais pour comprendre il faut avoir une connaissance parfaite de cette région et en parler la langue. Les dirigeants occidentaux en sont bien incapables et parlent à tort et à travers.

Les magasins cités dans l'article étaient tout proches de chez nous. J'ai un superbe souvenir de l'un d'eux gagné par ma mère à une tombola au Salon vert: un Mahjong en ivoire et bambou de toute beauté avec ses pions pour compter les points et les minuscules dés en ivoire. Il doit valoir une fortune aujourd'hui.

Le Providence à quai
Hebergeur d'image

Je suis retourné en Egypte pour la première fois en novembre 1983. Ma mère venait de décéder. Alors qu'on atterrissait au Caire le passager à coté de nous gentiment me céda sa place près du hublot. Quelle émotion...Le soir à l'hôtel ma femme me trouva sur le balcon, pleurant comme un gosse, j'avais retrouvé les odeurs de la ville et tous les souvenirs revenaient à la pelle.

Moi à 10 ans en route pour la France sans espoir de retour.

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Oui dans le désert il suffit de mettre de l'eau et tout pousse comme du chiendent.
La clôture fut construite je crois en 1943 et le jardin comportait une pelouse centrale
entourée de casuarina. Je me souviens d'une prise d'eau au bout de la pelouse pour
arroser celle-ci. On a eu un canard, Donald qui se baignait dedans! On pouvait accéder
au toit en forme de terrasse, et j'ai souvenir que ma chambre se trouvait au premier on y
accédait par une mezzanine . Nous étions les seuls occupants dans le coin à l'époque
avec une amie de mes parents Mlle Chabert.
Ma mère était une excellente nageuse et là encore je me souviens très bien qu'elle
m'emmenait sur ses épaules dans les vagues de la plage de Sidi Bischr N°3. Elle avait fait
avant de se marier le pari avec des amis de traverser le canal de Suez à la nage dans la partie
étroite du canal entre Port Said et Suez.

Elle campait avec des amis dont un Allemand; des requins remontent dans le canal
et ce salopard alors qu'elle était en plein milieu lui cria qu'il y en avait un derrière elle.
Revenue sur la berge elle découvrit que c'était une farce de mauvais gout. Avec ses
amis à l'insu du mec, ils mirent dans son sac de couchage des chenilles qu'on trouve
dans le désert. Furieux le type partit le lendemain sans demander son reste.

Quand mes parents quittèrent l'Egypte en Juillet 1952 la villa fut vendue. Aujourd'hui
ce quartier est occupé par immeubles résidentiels, j'ai vu des photos sur Google, c'est affreux.

J'avais envie de revoir Alexandrie mais je ne le ferai pas cela me ferait trop mal. En 1995
lors de notre second voyage avec mon fils, je les emmenais voir notre immeuble au Caire.
Ce fut un choc, fils électriques sortant des fenêtres, façades de marbre devenue noire
poussière et de pollution de la ville, on se croirait dans l'un des quartiers les plus
mal famés de Harlem. Ci dessous l'immeuble de mon temps. Notre appartement
était au 12e dans la courbe. En bas l'avenue Kars El Nil et perpendiculaire
la rue Cheriff Pacha


Encadré en bleu notre appartement: de gauche à droite, le salon, les deux pièces
du cabinet de consultation de mon père, ma chambre, la salle à manger, je ne
me souviens plus à quoi correspondait la dernière fenêtre.
L'immeuble appartenait je crois à la Banque centrale Egyptienne.


La trilogie de Naguib Mafouz, "La trilogie du Caire" s’achève devant l'immeuble
en 1956 si ma mémoire est bonne. En lisant cette dernière scène ce fut une émotion
incroyable. J'y étais... Je te conseille ces trois bouquins qui reçurent le prix Nobel de
littérature. Qui veut comprendre ce qui se passe aujourd'hui doit lire cet ouvrage
superbe ainsi que les bouquins de Robert Solé ancien rédacteur en chef du Monde. En
particulier son livre " Le tarbouche".
Il y a un film magnifique à voir aussi , "Immeuble Yacoubian" de Marwan Hamed d'après le
roman du même nom de nom de Alaa al-Aswany. A voir impérativement en VO sous-titrée
pour vraiment capter toute l'atmosphère du film magnifiquement joué. Le roman situe
l'action dans un immeuble du Caire et tout fait penser à Immobilia. Au début du film il y
a des bandes d'actualités et on voit le Cinéma le Rivoli qui était là où le dimanche matin
il y avait une séance pour les enfants. Je crois que le cinéma pouvait recevoir 5000 spectateurs.
Tous les cinémas du Caire comme à Alexandrie étaient gigantesques.



J'ai quitté l'Egypte un an avant mes parents. Je me souviens de ce dernier matin, sur le balcon
alors que le soleil se levait et qu'on entrevoyait au loin les pyramides de Gizeh et de Sakkara,
l'épouvantable tristesse, cette impression qu'on allait m'abandonner à des étrangers à Grenoble,
dans un pays que je ne connaissais que pour y avoir passé des vacances sans plus. Je me vois
le soir sur le pont des premières du paquebot Providence, voyant s'éloigner les côtes d'Alexandrie.
Encore aujourd'hui ce souvenir provoque une émotion profonde. Le séjour à Grenoble fut infect.
Des hôtes qui avaient tout de collabos, xénophobes, se moquant parce que je m'extasiais devant
le neige que je voyais tomber pour la première fois. De véritables sauvages aigris et dont le seul
but était de se faire du fric.
Le 26 janvier 1952 les émeutes du Caire décidèrent mes parents à quitter définitivement le pays. Ils avaient
failli brûler dans l'immeuble assailli par la horde de manifestants. Ils n'eurent la vie sauve que grâce au
gardien de l'immeuble qui harangua les manifestants en disant qu'un groupe de religieux musulmans
priait au premier étage. Les manifestants éteignirent alors le début d'incendie dans les magasins du rez de
chaussée et partirent détruire ailleurs. L'un des membres du gouvernement envoya la police pour mettre
mes parents à l'abri. Quand les parents arrivèrent à Marseille, le matin même le roi Farouk était déposé
par la ligue des généraux dirigés par Neguib. Il était temps!
Contrairement à ce que dit l'article, ce sont bien les Frères musulmans qui étaient les fauteurs des troubles
en sous-main. Non seulement les Britanniques furent les victimes des émeutiers mais aussi tout ce qui
avait un rapport avec les Juifs. Les magasins cités dans l'article étaient tout proches de chez nous. J'ai un
superbe souvenir de l'un d'eux gagné par ma mère à une tombola au Salon vert: un Mah Jong en ivoire et bambou de toute
beauté avec ses pions pour compter les points et les minuscules dès en ivoire. Il doit valoir une fortune
aujourd'hui.

Le Providence à quai


Je suis retourné en Egypte pour la première en novembre 1983. Ma mère venait de décéder. Alors qu'on atterrissait au Caire
le passager à coté de nous gentiment me céda sa place près du hublot. Quelle émotion...Le soir à l'hôtel Jackie me trouva
sur le balcon, pleurant comme un gosse, j'avais retrouvé les odeurs de la ville et tous les souvenirs revenaient à la pelle.

Moi à 10 ans en route pour la France sans espoir de retour.