Je viens d'aborder le troisième livre de ses mémoires. En fait je les ai lu dans le désordre mais cela n'a pas trop d'importance car il revient souvent en ce citant lui-même. Là il s'agit de la période 1904-1934. Cet homme est fascinant. Et surtout tellement touchant. Le dernier tome s'achève sur son retour à Paris en 1985, il lui reste 8 ans à vivre. Il a eu un triple pontage et essaie néanmoins de refaire les ballades de sa jeunesse, 60 ans auparavant. C'est
bouleversant de vérité tout comme au premier chapitre de son premier livre où il arrive jeune diplômé d'une petite université de l'Iowa qui découvre l'Europe et Paris le rêve enfin exaucé. Il a 200$ en poche pour y vivre deux mois avec l'espoir quasi impossible de trouver un job dans un journal américain dans la capitale. Il est avec un copain qui fait aussi de la peinture.
Nous sommes en 1925; il a 21 ans. Cedar Rapids sa ville natale c'est la cornbelt perdue dans la lointaine
Amérique de 25000 habitants. Amérique du temps de la prohibition et puritaine. Là encore il bouleverse en même temps qu'il fait sourire devant son étonnement à la terrasse du Dôme quand il voit un couple s'embrasser sur la bouche! La première vision de Notre Dame aux premières heures du jour. 
Je me suis revu lors de mon retour à Paris après 7 ans d'absence en Juin 1968. Sortant de la gare de Lyon
et en bus, à l'époque il y en avait avec une plateforme à l'arrière. J'allais rejoindre une copine de MatSup qui habitait rue de la montagne Ste Geneviève. Le Nice-Paris était arrivé vers les 6h du matin et Paris se réveillait par une journée magnifique. La magie des couleurs sur les façades, tout ceci a quasiment disparu au milieu des pubs, du trafic intense et du bruit..
Shirer a eu une chance incroyable; la veille du jour de leur départ pour Londres et le retour aux USA, en rentrant
vers minuit dans leur petite pension du Bd de Port Royal, passablement éméchés, il trouve un pneumatique sous
la porte qu'il n'ouvre que le lendemain matin, avec une colossale gueule de bois; c'est le Chicago Tribune qui lui
demande de passer le soir. Il raccompagne son copain à la gare, lequel tente en vain de lui faire renoncer au
rendez-vous qui lui dit-il n'a aucune chance d'aboutir. Il persiste, déambule dans la capitale de café en café puis
attend fébrilement l'heure du rendez-vous en tournant en rond autour de l'immeuble. Et là on lui offre un job
de pigiste pour 1200 Francs par mois qu'il accepte. Il restera en Europe pendant 15 ans dont les 3/4 à Paris.
J'ai voulu entendre sa voix et j'ai trouvé sa retransmission de la capitulation française en 1940. Le hasard a fait
que je suis tombé sur un  autre document phénoménal: la retransmission en direct sur ondes courtes, de D-Day
à la fin de la première journée transmise depuis un des navires de l'escadre, également les reportages heure par heure par CBS avec les premières annonces à 3h du matin heure de New York de l'invasion! (9h du matin heure française).
Au départ les Américains et autres pays ont cru à de la propagande Nazie et ce n'est que vers 3h30 passées qu'Eisenhower a confirmé sur l'antenne de la BBC l'annonce de début de l'invasion. C'est là encore bouleversant à 70 ans de distance:
First CBS report of the D-Day Invasion - 03:00
George Hicks Reports From The Deck Of USS Ancon (D-Day Radio Broadcast, June 6th,1944)

Inutile de te dire l'émotion que j'ai éprouvé. C'est stupide et comme toujours on me taxera de sensiblerie. Mais qu'importe.

je préfère à 74 ans l'être encore que d'avoir le cynisme ambiant de ce début de siècle incolore, inodore et sans saveur.