Monsieur Lissner aurait-il tout à coup des révélations? Enfin une décision de bon sens!

Est nommé en remplacement de Millepied (avec ou sans S je ne sais plus), Aurélie Dupont qui avait pris récemment sa retraite de danseuse étoile de la grande compagnie dont elle fut l'un des phares.

On a enfin compris semble-t-il que dans une compagnie de la taille de celle de l'opéra on se devait de mettre à sa tête un membre du sérail. Lui seul peut comprendre l'état d'esprit de cette ensemble magique, et souvent nid d'intrigues et de rivalités sans nom, plus ou moins attisées plutôt plus que moins par le syndicalisme CGT tout particulièrement,  lui seul peut comprendre la complexité des rouages du fonctionnement d'une institution d'Etat que même les plus grands directeurs qui sont passés dans cette maison n'ont pu modifier. Souvenons de Rolf Liebermann qui s'il permit de donner les plus belles saisons à l'Opéra de Paris, dû néanmoins affronter de multiples problèmes dès son entrée en fonction en 1973. Il raconte dans son livre Actes et Entractes comment de sa poche il paya un peigne pour la production des Noces de Figaro mis en scène par Strehler parce que par les moyens légaux et obligés il eut fallu plus de trois semaines pour l'avoir!

Benjamin Millepied s'est plaint parait-il (je n'ai pas écouté ses déclarations) de la paperasserie à laquelle il a du faire face. Que croyait-il? Que sa petite personne pouvait tenir tête à l'administration française que même les dirigeants français bien souvent ne peuvent faire plier!? Qu'un chorégraphe ait pu rester silencieux semble-t-il devant les affirmations ridicules concernant son épouse qui aurait pu interpréter les aspects chorégraphiques de son film "The black swann" après 18 mois d'apprentissage est totalement inadmissible. Il y a sur youtube une interview de la jeune danseuse qui prêta son concours à la réalisation et dont le nom fut noyé au milieu du générique de fin du film...

Par ailleurs la troupe compte au total 186 danseurs, étoiles et premiers danseurs, auxquels on doit ajouter une école de danse prestigieuse d'environ 30 à 40 élèves admis chaque année parmi plus de 500 candidats et dont une dizaine seulement au bout de 6 ans de travail acharné sous la direction d'Elisabeth Platel parviendront à y achever leurs études et dont 4 ou 5 tout au plus intégreront le corps de ballet! C'est cette rigueur, cette sélection à laquelle s'ajoutera ensuite chaque année, un concours pour passer d'un grade à l'autre qui garantit son prestige et sa qualité à la troupe la meilleure du monde tout nationalisme exclu. Certains voudraient supprimer le concours sous prétexte de favoritisme. Quelle illusion! C'est une fois de plus cette constante bien française et surtout de gauche de croire que tous les individus sont égaux en termes de compétence voire de dons! 

Quel que soit le système de promotion il y aura toujours dans quelque métier que ce soit encore plus dans les professions artistiques du copinage, du favoritisme et rien n'y changera. Supprimer les examens ou les concours et vous obtenez le lamentable résultat de l'enseignement primaire et secondaire français actuel avec des bacheliers incultes pour la plupart, grande réussite de la gauche principale responsable de cet état de choses.

Aujourd'hui il faut payer pour ne pas réussir au bac que cela choque ou non les parents ou leurs chères têtes blondes. Pas un n'est capable d'affronter et de réussir les épreuves du bac d'avant Mai 1968. Le Figaro littéraire à l'époque publiait chaque année les meilleurs copies des épreuves de Français et de Philo et nous avions sous les yeux des textes qui par leur qualité littéraire pouvaient sans rougir être confrontés à ceux des grands auteurs vivants de l'époque.

Ce qui parait ci-dessus comme une digression par rapport au sujet traité ne l'est pas. Il en va de même de l'enseignement de la danse tout particulièrement, l'un des métiers les plus difficiles, les plus exigeant et exposé à des aléas en particulier physiques totalement imprévisibles. Aurélie Dupont en est sauf erreur le plus bel exemple comme le fut Nicolas Le Riche qui furent victimes d'accidents ou d'opérations qui auraient pu mettre un terme à leur prestigieuse carrière.

Tous ces éléments doivent être pris en compte quand on dirige une pareille troupe et si l'on veut la maintenir au plus haut niveau. On pourra comme le font de nombreux journaux opposer les fonctions de chorégraphes et de directeur non chorégraphe à la tête d'une troupe, il est certain que c'est être d'une arrogance incroyable à 38 ans de se croire capable de changer en quelques mois une tradition de 355 ans qui a fait ses preuves tout de même en dépit de ses multiples défauts que l'on ne doit pas non plus sous estimer.

Et puis comme le dit l'un des articles on ne peut à la fois diriger une telle compagnie et en même temps s'occuper d'une autre à l'extérieur. On doit se consacrer à son poste à 100% et avant de décider de changer des habitudes, des traditions qui ont des fondations solides, connaitre à fond leur tenant et aboutissant pour très progressivement les modifier par petites touches. Cela me rappelle des collaborateurs que j'eus qui croyaient pouvoir devenir des analystes financiers senior en moins d'un an à peine diplômés! L'un d'eux 6 mois après son entrée en fonction dans mon service, eut la prétention de vouloir aller donner des leçons à André Levy Lang le Président du Groupe Paribas . Je le mis au pied du mur en ouvrant la porte donnant sur l'ascenseur conduisant à l'étage de la direction générale sous les sourires narquois de ses collègues. Il me demanda de venir avec lui et je lui répondis que je ne voulais pas le priver du plaisir de donner un cours d'analyse financière  au Président de la banque en particulier....

On ne réussit pas en voulant tout démolir du jour au lendemain. On ne réussit pas en voulant détruire une culture d'entreprise sous prétexte de modernisme ou autre.

Nous verrons à l'épreuve ce que donnera Aurélie Dupont et surtout souhaitons lui bonne chance et de ne pas tomber dans les travers de son prédécesseur.