"...Dans la salle, tous avaient obtenu les faveurs du chien, excepté un trio dont nul ne se préoccupait. Vexés de l'indifférence générale, les chats, sagement lovés jusque là dans un panier rembourré installé sur la scène, s'étirèrent en bâillant. Ronronnements et miaulements émis sans résultats, ils décidèrent de sauter dans la fosse aux humains. Aussitôt Rip retroussa les babines. Capucine se gonfla comme une baudruche et modula un feulement. Les oreilles couchées, Réséda gifla l'espace le séparant de l'ennemi. Outré, Rip aboya. Les vibrisses électrifiées, les yeux phosphorescents, Eglantine adopta une démarche égyptienne. Bossue, les pattes roides, elle parcourut la largeur de la scène, signifiant à Rip que l'accès lui en était interdit.

Le chien jappait de plus belle. Les chats passèrent à l'attaque, estimant que leur nombre leur assurerait la victoire. Eglantine,telle une furie échappée des enfers, chargeait la pupille farouche. Capucine, face aplatie, restait en retrait de Réséda qui en qualité de rejeton de gouttière, interprétait le deuxième classe envoyé au casse-pipes par ses généraux. En formation triangulaire, les matous refoulèrent Rip sous les regards effarés de l'assistance...."

Ce petit chef d'oeuvre littéraire est extrait du nouveau roman policier des soeurs Izner dont les noms à l'état civil sont Liliane Korb et Laurence Lefèvre. Après une carrière passée dans l'industrie cinématographique, elles ont décidé d'exercer le métier de bouquiniste sur les bords de Seine et d'écrivains. On leur doit les 12 volumes parus chez 10/18 des enquêtes du libraire Victor Legris, remarquables romans baignant dans le Paris de la fin du XIXeme siècle.

Avec le Pas du Renard (10/18) dont est extrait ci-dessus l'un des passages, elles entament un nouveau cycle qui cette fois a pour décor le Paris postérieur à la première guerre mondiale, virevole au rythme du fox trot et des années folles. Bien entendu ceux d'entre vous possesseurs de chats apprécierez encore davantage ce petit extrait du roman.

On est pris de la première ligne à le dernière, les auteurs nous égarent avec un plaisir sadique dans les ruelles de Belleville et autres lieux proches des Buttes Chaumont.

Ces femmes ont un talent fou et peuvent en remontrer largement à certains auteurs couronnés par l'académie Goncourt cette année ou les années passées! Mais sans doute que pour 
Monsieur Pivot ce ne sont que des romans de hall de gare....

Un plaisir à ne manquer sous aucun prétexte.