Cette remarquable biographie publiée en 1995 a fait l'objet depuis de deux rééditions, la dernière en 2002 à l'occasion du bicentenaire de la naissance du grand écrivain et du transfert de ses cendres au Panthéon.

Il aura fallu 132 ans pour que ce pays rende l'hommage qui se devait à l'un des plus grands écrivains du XIXe siècle. On préfère de nos jours célébrer des footballeurs qui ne créent strictement rien, des stars de cinéma qui n'ont pour la plupart comme talent que leur physique combien éphémère.

Cette biographie par les nombreuses citations des lettres de l'écrivain et de ceux qui l'ont connu, c'est un peu comme si Dumas lui-même l'avait écrite tel un résumé de ses Mémoires qui eux ne couvrent qu'une partie de sa vie.

Claude Schopp réussit le tour de force de nous donner un texte dans un style à la Dumas. On lit son livre comme les Trois Mousquetaires ou le Comte de Monte Cristo. On n'arrive pas à quitter l'ouvrage. 

Dumas sort de ce livre avec toute sa complexité de caractère, à la fois exaspérant par cette certitude qu'il a d'être un grand écrivain, par ses débordements financiers, par son coté Don Juan. Mais ce Don Juan est aussi sympathique car il ne brille pas par le vice comme le vrai ou comme Casanova. Dumas ne peut s'empêcher de courtiser, d'aimer et même après une rupture il veillera souvent au bien être de son ex maîtresse dans la mesure des moyens qu'il aura su trouver sous sa plume ou celle de ses éditeurs ou amis.  Nombreux sont ceux qui ont tenté en vain  de lui redresser ses finances mal en point, amis, secrétaire, enfants - Alexandre devenu grand et célèbre ou Marie sa fille.

Dumas est pour la littérature ce que Wagner fut pour la musique à savoir dans les deux cas des paniers percés. Sans le soutien financier de multiples amis, il n'aurait pas pu mener ce train de vie incroyable et faire face à ses nombreux créanciers.

Dumas adore ses enfants  et dès son plus jeune âge prédit à son fils la célébrité; est-ce là une de ses capacités en tant que médium, fantaisie qui le prend  au cours de ses multiples activités et passions?

C'est un naïf qui se fait gruger allègrement par toutes sortes de parasites voire des escrocs, qui profitent entre autres de son républicanisme et de sa haine et son désir de venger son père le général d'Empire mort dans les geôles du roi de Naples. L'épisode où il rencontre et participe avec Garibaldi aux événements de Sicile et Napolitains est typique de cet enthousiasme et cette fougue quasi juvénile de cet homme presque septuagénaire. Plus tard Dumas se fera avoir par un escroc qui lui proposera de participer à la libération de l’Albanie et d'en faire une république.

On reste abasourdi par la capacité de travail de l'écrivain. On a longuement tapé sur l'auteur aidé par des collaborateurs, le principal d'entre eux, Auguste Maquet. Des pamphlets vengeurs de son vivant on pris un malin plaisir à dénoncer sa façon d'écrire. Maquet dans une lettre a mis les faits à leur place.Cela ne l'empêchera pas plusieurs années après de se contredire et de tenter d'obtenir des fonds de l'auteur, cela se terminera devant les tribunaux à l'avantage de Dumas. Dumas travaille entre 12 et 15 heures par jour. Il fera dans les dernières années de sa vie des conférences non seulement aux quatre coins de la France même à l'étranger, allant jusqu'à Vienne ou Madrid. On le sollicite à New York.On ne se déplace pas, même avec le train, à la vitesse de nos TGV à l'époque. Quelle santé!

Jouisseur sur le bout des dents et du palais, il est un gourmet et un gros mangeur, un fin cuisinier. Comment n'a-t-il pas eu de problèmes cardio-vasculaires dès son plus jeune âge, le veinard?!

Dumas a fait face au défaut majeur des Français: leur caractère envieux. "Je rentre à Paris et l'Envie" écrit-il... Réussissez quand vous êtes jeune, vous verrez comment l'on vous traitera. L'actuel Président de la République fait largement les frais de ce vice national. On juge avabt les résultats, procès d'intentions, etc... De quel droit a-t-on la prétention d'être brillant à moins de 50 ans voire plus jeune!?

Quand le livre s'achève sur la très jolie lettre que Victor Hugo adresse à Dumas fils s'excusant de ne pas avoir pu venir aux obsèques de son ami, on a soi même lecteur comme l'impression d'avoir perdu un ami et c'est tout juste si l'on n'a pas la larme à l'oeil. 

Cet après midi me promenant sur les quais, je furetais chez les bouquinistes et dénichais un ouvrage que je n'avais pas lu, "L'affaire Clémenceau" de Dumas fils. Edition de 1888 de chez Calmann Lévy. Reliure comme neuve et quelques rousseurs. Je discutais avec le vendeur et il me disait que grâce à Dumas père il commença à lire à l'age de 11 ans et à aimer la lecture et l'histoire.

Quel plus grand compliment pour un écrivain. Dumas lui-même reçu d'un ouvrier de Marseille ce même compliment, ce lecteur ajoutant que la lecture des romans lui avait appris l'histoire et à l'aider à avoir un peu de culture. Dumas est le père du roman historique et le quasi fondateur du romantisme au théâtre. Jacques Sereys sociétaire honoraire de la Comédie Française regrettait lors d'une de ses conférences, que le théâtre des deux Dumas soit tant négligé. Mais là encore on préfère aujourd'hui les Baffie, Ruquier et autres nullités, à ceux qui savent écrire en bon français.

Dumas aura manqué son entrée à l'Académie Française, là encore comme le dit l'un des auteurs cités dans la biographie, on a préféré des médiocres pour ne pas dire des nullités qui eux faisaient moins de vagues...

Peu ou pas d'auteurs contemporains peuvent se prévaloir aujourd'hui d'un pareil succès.

Lisez cette biographie, vous vous amuserez follement.