Ces jours ci je repense au bon vieux temps de mes études de sciences économiques faites à Grenoble et à Nice. Je compare cette période à celle que nous vivons où le respect des professeurs était la contrepartie d'un enseignement par des hommes et des femmes d'un niveau tant de connaissances que de forme et de style que peu aujourd'hui peuvent à mon sens atteindre. Parmis eux voici quelques exemples dont je tire les biographies de Wikipedia.

Mon prof d'Eco-Po était Robert Mossé (1906-1973) . Il avait un caractère pas facile, il inventa les fiches bibliographiques de la Documentation Economique, fiches détachables qui permettaient de se constituer un fichier bibliographique à une époque ou internet n'était même pas imaginable. Nous savions qu'il avait deux marottes pour les sujets d'examens de première année: L a rédaction d'une fiche aux normes AFNOR et l'analyse de statistiques du Bulletin mensuel de l'INSEE. Dès le début de son cours nous savions que ce serait l'un des deux sujets qui serait posé à l'une des deux sessions. Pas question de s'embarquer dans des considérations théoriques; il fallait du concret dans la copie sinon au revoir la moyenne!  Un de ses défauts était de refuse que son cours soit enregistré pour les étudiants du sanatorium de St Martin d'Héres .

En droit constitutionel j'ai eu la chance d'avoir Jean-Louis Quermonne(1927-) toujours vivant dont voici le parcours:

Il est directeur de l'Institut d'études politiques de Grenoble de 1958 à 1969 puis premier président de l'université Grenoble II (à l'époque université des sciences sociales) de 1970 à 19751. Il est un des membres fondateurs du laboratoire d'idées Notre Europe créé par Jacques Delors en 19962, et est membre de son conseil d'administration en 20063. De 1975 à 1976, il est directeur des enseignements supérieurs et de la recherche, au ministère chargé des Universités. Il a été membre du Conseil supérieur de la recherche et de la technologie (1981-1985), membre du Comité national d'évaluation des universités (1985-1989), président de l'Association française de science politique (1995-2000). Il a enseigné, comme professeur invité, aux universités de Tunis, de Rabat, de New York, de Laval (Canada), de Genève, de Lausanne, ainsi qu'au Collège d'Europe (Bruges, Bruxelles, depuis 1994). Il est président d'honneur de l'Association française des constitutionnalistes.

Son cours était passionnant mais c'était un farouche adversaire de De Gaulle dont il descendait en flamme la constitution de la Ve République; je me souviens d'une de ses phrases célèbres où décrivant la structure de l’exécutif et du législatif, il ajoutait parlant du Président qu'il était "le fléau de la balance"! Nous avions tous compris de qui il parlait!

Claude Giverdon fut mon prof de droit civil; sur les conseils d'une petite amie je lus l'été sur la plage à Cagnes sur mer le livre de droit civil en deux tomes de  Jean Carbonnier  comme on lit les Misérables ou Notre Dame de Paris; un style tel qu'une simple lecture vous faisait apprendre dès la première lecture cette discipline méprisée par les étudiants de sciences éco. Giverdon était de la même veine et je garde de lui un souvenir sans tâches. Je n'ai rien trouvé sur lui sinon une courte bibliographie sans infos précises.

En histoires des institutions du Moyen âge à la révolution française j'eus la chance d'avoir Jean-Jacques Chevallier (1900-1983) :

Jean-Jacques Chevallier, né le 15 février 1900 à Paris où il est mort le 24 mai 1983, est un juriste, historien, et politologue français.

Professeur à la Faculté de droit et des sciences économiques de Grenoble, puis de Paris, Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, membre de l'Académie des sciences morales et politiques (1964-1983)1, il a laissé de nombreux ouvrages, en particulier un grand classique sur Les grandes œuvres politiques de Machiavel à nos jours, paru en 1949 avec une lettre-préface d'André Siegfried, réédité en 1963, puis en 2001 avec une mise à jour d'Yves Guchet.

Fabuleux professeur, on ne pouvait pas ne pas aimer l'histoire après avoir assisté à son cours qu'on aurait manqué sous aucun prétexte. Devant l'Amphi plein à craquer à Grenoble en 1962, du haut de la chaire , en robe avec ses décorations barrant sa poitrine il nous faisait revivre les grandes batailles et autres événements majeurs de notre histoire comme s'il jouait une pièce de théâtre. Bien que parisien d'origine il avait une pointe d'accent du midi qui ajoutait une certaine truculence à son élocution. Nous avons été avec lui faire la coupe de ski du droit en février à Chamrousse. Je lui dois ma passion pour l'histoire et garde un souvenir ému de ce grand professeur.

 Jean-Louis Maunoury; il était notre assistant de Travaux Pratiques en économie politique à Grenoble puis je l'ai eu comme professeur agrégé en 3e et 4e année à Nice. né le 1er juillet 1939 il consacre son temps libre à l’écriture : poésie, romans, essais, théâtre, livres pour la jeunesse. Il a publié neuf romans pour adultes (Gallimard, Mercure de France, Denoël, Robert Laffont : La Vie exemplaire de Bilal l’avertisseur) et s'est aussi passionné pour la sagesse de Nasr Eddin Hodja, apprenant le turc sur le tard et publiant plusieurs volumes de ces histoires chez Phébus, ainsi qu'un essai, Le Rire du Somnambule : humour et sagesse, au Seuil1.

Jean-Louis Maunoury est le père de Pascal Mono, auteur-compositeur-interprète.

Il me remit le pied à l'étrier après une mauvaise passe consécutive à des problèmes de santé en 1967-1968. J'aimerai le revoir comme j'ai eu la chance de revoir mon prof de Gestion Financière et Commerciale de l'IAE de Nice en 1968, Jean Claude Dischamps.

J'ai revu Jean-Claude Dischamps à la Cour des Comptes en 1996 après ma soutenance de thèse de doctorat de finances à Assas-Paris 2 pour lui remettre un exemplaire de celle ci; je regrettais de ne pas avoir pu l'avoir comme membre du jury en raison de son emploi du temps chargé. Nos retrouvailles près de trente ans après avoir été son étudiant à l'IAE de Nice , émanation de celui d'Aix en Provence dont il fut le créateur, furent émouvantes. Nous passâmes pas loin d'une heure à évoquer les souvenirs de cette seonde promotion de l'IAE marquée en Mai par les évènements de 1968. Je lui rappelais alors comment lors de l'oral de fiscalité il me fit le sale coup de me faire terminer les interrogations de plusieurs de mes camarades pendant près d'une heure avec un trac abominable. Il était persuadé que j'avais fait des impasses et voulait s'assurer du contraire; il est vrai que la promo était extraordinaire; on faisait corps avec nos profs, créant des cartes de voeux personnalisées au nouvel an pour chaque prof, organisant une fois par mois un dîner avec eux et emmenant certains avec nous en boite jusqu'à des heures tardives; il fallu ramener chez lui le prof de psycho-socio qui titubant continuait de draguer notre camarade Hélène. Ce n'était pas méchant et ce n'est ni elle ni d'autres de nos camarades qui irait aujourd'hui l'attaquer pour de soit disant abus totalement inexistants.

Voici in extenso la bio de Jean-Claude que je reverrais bien pour encore évoquer tous ces souvenirs, je suis fier d'avoir eu la chance de l'avoir eu comme professeur:

Né le 17 janvier 1932 à Brassac-les-Mines (Puy-de-Dôme). Fils d'Antoine Dischamps, artisan, et de Lucie Meynial. Marié le 26 décembre 1958 à Bernadette Augier, universitaire. Quatre enfants : Agnès, Philippe, Jérôme, Isabelle. 

L'enfance de Jean-Claude Dischamps se déroule à Brassac-les-Mines , où il est né le 17 janvier 1932. Il effectue ses études secondaires au lycée de Nice où il obtient son baccalauréat, section mathématiques, en 1950. Il intègre alors l'Institut d'études juridiques de Nice. Licencié en droit en 1953, il devient avocat à la cour d'appel d' Aixen-Provence. De 1953 à 1955, il poursuit ses études à la faculté de droit et de scien¬ ces économiques de l'université d'Aix-en-Provence. Diplômé d'études supérieures d'économie politique, d'histoire du droit, de droit romain, de sciences économiques et détenteur d'une bourse Fullbright, il prépare sa thèse de doctorat à l'université Columbia de New-York de 1955 à 1956. Docteur ès sciences économiques en 1958 et diplômé de la Harvard Business School en 1961. Il devient assistant de sciences économiques en 1956, professeur agrégé en 1958, ( major des premiers concours) puis professeur titulaire de chaire en 1962, au mini¬ mum d'âge, à la faculté de droit et de sciences économiques d'Aix-en-Provence. Il est docteur ès sciences économiques en 1968. Parallèlement, sa carrière se poursuit à la direction de l'Institut d'administration des entreprises de l'université d'Aix-enProvence de 1961 à 1963. Professeur depuis 1963 à l'université de Nice, il fonde et dirige, entre 1966 et 1971, l'Institut d'administration des entreprises de cette même université. Il est élu président de l'université de Nice de 1971 à 1974, puis nommé directeur des enseignements supérieurs, de la recherche et des des personnels au secrétariat d'État aux Universités, de 1974 à 1975. En 1975 il est élu professeur à l'université de Paris II. Sa carrière le mène à faire l'expérience des cabinets ministériels en qualité de chargé de mission auprès du secrétaire d'État aux Universités avec délégation de signature.

Jean-Claude Dischamps devient recteur de l'académie de Clermont-Ferrand de 1976 à 1985, de Nantes entre 1985 et 1986 puis de Lille jusqu'en 1989. En Février 1996 il est nommé conseiller maître en service extraordinaire à la Cour des comptes. (source entretien https://www.persee.fr/doc/inrp_1295-1234_2008_ant_1_5_3418)

J'ai rajouté la dernière phrase extraite du décret le nommant signé par Alain Juppé.