Stances Lyonnaises 

Parmi les déplaisirs où mon Âme se noie,

Il s’élève en même temps une secrète joie.

Je triomphe ; et pourtant je me flatte d’abord

Que la seule vengeance excita mon transport.

Oui, tandis que nos rois délibèrent ensemble,

Et que tout se prépare au Conseil qui s’assemble,

Brigitte, permettez que je vous parle aussi

Des secrètes raisons qui m’amènent ici.

Nous nous battîmes hier, et j'avais fait serment

De ne parler jamais à Macron, cet enfant ;

Mais à vous, de mon cœur l'unique secrétaire,

À vous, de mes secrets la grande dépositaire,

J'épancherai mon cœur, ma tendre et belle amie.

Depuis cinq ou six mois nous étions ennemis :

Il passa par Lyon, où nous prîmes querelle ;

Et comme on nous fit lors une paix telle quelle,

Nous sûmes l'un à l'autre en secret protester

Qu'à la première vue il en faudrait tâter.

Nous vidons sur le pré l'affaire sans témoins ;

Mais je l’ai vue enfin me confier ses larmes.

Il pleure en secret le mépris de mes charmes.

Toujours prêt à partir, et demeurant toujours,

Quelquefois Il appelle Philippe à son secours.

Ainsi donc, tout prêt à pavoiser,

Sur mon propre destin je viens vous consulter.

J’ai passé dans l’Empire, où j’étais relégué :

La foule l’ordonnait. Mais qui sait si depuis 

Je n’ai point en secret partagé vos ennuis ?

Pensez-vous avoir seuls éprouvé des alarmes ?

Que l’Empire jamais n’ait vu couler vos larmes ?

Ces gardes, cette cour, l’air qui vous environne,

Tout dépend de Macron, et vous aussi ma bonne.

À ses regards surtout cachez lui mon courroux.

Macron : Donnez-moi tous les noms destinés aux augures :

Je crains votre silence, et non pas vos injures,

Et mon Cœur, soulevant mille secrets témoins,

M’en dira d’autant plus que vous m’en direz moins.

Que vois-je autour de moi, que des Amis vendus

Qui sont de tous mes pas les témoins assidus ?

Qui choisis par Ferrand pour ce commerce infâme,

Trafiquent avec lui des secrets de mon âme ?

Sitôt que mon malheur me ramène à sa vue,

Je me sens aussitôt à tout jamais perdu.

Mais enfin mes efforts ne me servent de rien,

Mon Génie étonné tremble devant le sien.

Mais puisque le temps presse, et qu’il faut en découdre;

Puis-je, laissant la feinte et les déguisements,

Vous découvrir ici mes secrets sentiments ?

Que Macron me soutienne et fléchisse ma peine,

Que me faisant de Lyon son organe suprême,

Je sois de sa clémence, en secret satisfait.

(Copyright: Claude101141 aka froggyatgcn)